lundi, 04 novembre 2019 20:20

Le troisième mandat : le mandat de trop ?

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Le 27 mai 2019, le journal Jeune Afrique révélait que Cheick Sako, le ministre guinéen de la Justice, a démissionné après cinq ans et demi passés au sein de trois gouvernements successifs. Dans un courrier adressé au Professeur Alpha Condé, il assure ne pas avoir été associé « à la rédaction de la nouvelle constitution » et évoque son opposition à ce projet pour justifier sa décision.

Le 29 mai 2019, au cours d’une conférence de presse, le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana a officiellement affiché son soutien et celui de son gouvernement à la mise en place d’une nouvelle Constitution. « À la question concernant la mise en place d’une nouvelle Constitution en tant que citoyen je dis oui et, en tant que gouvernant, je dis oui » a-t-il déclaré.

Ce qui n’était auparavant qu’un murmure de courtisans du Professeur Alpha Condé devenait, dès lors, une propagande d’État.

Pour l’opposition guinéenne, regroupé au sein du Front national de défense de la Constitution, le seul but d’une telle opération ne vise qu’à contourner la disposition constitutionnelle qui empêche le chef de l’Etat d’être candidat à sa propre succession. L’article 27 de la Constitution guinéenne limite catégoriquement à deux, le nombre de quinquennat que peut exercer un président élu.

À 81 ans et à un an de la fin de son second et dernier mandat, le Professeur Alpha Condé continue à maintenir le suspense coûte que coûte. Dans une interview accordée au journal français, Le Monde, il a dit : « Je ferai ce que veut le peuple. »

Loin de lui dénier le droit de recourir à l’arbitrage du peuple, l’on se pose des questions sur l’opportunité d’une telle démarche quand la moitié de la population, voire plus, est déjà vent debout contre son projet.

Comment, dans ces conditions, peut-il raisonnablement penser pouvoir organiser un référendum et recueillir l’assentiment du peuple guinéen si ce n’est qu’en Afrique, on n’organise pas des consultations électorales pour les perdre ?

Refuser de voir la réalité en face en se croyant suffisamment fort pour résister à la bourrasque de la colère de son peuple, c’est faire preuve d’une folie aventurière ou d’une myopie politique qui pourrait être fatale à son pouvoir.

L’expérience humiliante en 2014 de l’ex-président burkinabè, Blaise Compaoré, devrait lui servir de leçon. Les populations africaines ont changé. Et les sociétés civiles, en particulier la jeunesse, acceptent de plus en plus mal les tours de passe-passe politiques de leurs dirigeants.

Si malgré ce rappel de l’Histoire, et malgré les appels à la raison de personnalités politiques du continent comme le Sénégalais Abdoulaye Bathily et d’anciens chefs d’Etat africains signataires de l’appel de Niamey, le Professeur Alpha Condé se montre autiste, il faut croire que rien ne le fera reculer dans sa volonté de tenir son référendum querellé pour s’ouvrir le chemin d’un troisième mandat.

En tout état de cause, comme le dit l’adage, « il n’est jamais tard pour bien faire ». Et le Professeur Alpha Condé a encore toutes les cartes en main, pour sortir de l’histoire politique de son pays par la grande porte.

Mais, pour paraphraser un autre dicton, s’il choisit malgré tout de semer le vent, qu’il s’attende à récolter la tempête. Car, dans l’histoire du monde, aucun dictateur n’est jamais venu à bout d’un peuple déterminé.

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