mardi, 17 avril 2018 17:26

Crise post-électorale : des tractations pour un nouvel accord politique confilctogène ?

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ous les regards sont tournés depuis quelques jours vers le comité de suivi des accords politiques, pour une issue concertée à la crise post-électorale qui perdure depuis février.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les pistes de solutions explorées sont encore plus problématiques que la situation initiale qu’on connait. Une vigilance doit être de mise pour éviter un autre accord source de conflits.

« De toute la politique, il n’y a qu’une chose que je comprenne, c’est l’émeute ». Ces mots sont de Gustave Flaubert, en 1846. Mais ils pourraient bien traduire le sentiment de nombre de guinéens, qui ne retiennent finalement de la politique que les manifestations à répétition, et les accords politiques qui engendreront d’autres manifestations à leur tour. La Guinée semble s’installer dans un tel cycle depuis une décennie.

A nouveau, le comité de suivi des accords politiques tente de concilier les positions des différents partis ; cette fois autour des résultats contestés des dernières communales. Mais l’épreuve s’annonce comme un casse-tête chinois, parce que les négociateurs doivent nécessairement éviter de violer la récente loi électorale dont ils sont les instigateurs, ce, malgré la polémique qu’elle avait suscitée.

Or, la démarche retenue implique le réexamen de résultats pourtant rendus définitifs par ce même code électoral. La simple possibilité pour ces acteurs de se livrer à un tel exercice pose d’ailleurs un problème d’éthique politique, et pourrait surtout constituer un précédent dangereux à l’approche d’échéances électorales majeures de 2019 et 2020.

Mais ce premier obstacle ne semble pas être le plus difficile à franchir. Les parties en face explorent depuis plusieurs jours la possibilité d’alliances électorales, qui verraient le camp au pouvoir céder les postes de maires à l’opposition dans les circonscriptions qui sont au centre du contentieux. Mais si ce n’était que cela, point n’aurait été besoin de recourir à un mécanisme aussi lourd que le comité de suivi, avec tout le tintamarre qui va avec. Il aurait suffi d’un gentlemen’s agreement entre partis politiques pour régler le problème.

Malheureusement, comme à leur habitude, nos politiques font des travaux de ce comité un fourre-tout qui, in fine, soulève plus de problèmes et alourdit les risques de crises politiques futures. Le dernier accord, paraphé le 12 octobre 2016, a produit un code électoral confus, irréaliste et impossible à appliquer par endroits.

Le deuxième problème posé par les actuels travaux du comité de suivi est la situation engendrée par l’annulation des résultats dans certaines circonscriptions du pays. De facto, les quartiers et districts concernés par ces annulations n’ont aucune possibilité de constituer leurs conseils locaux, ce, en application de la loi électorale qui arrime le renouvellement de ces derniers aux élections communales. Cela laisse la possibilité aux partis politiques de recourir à des formules peu souhaitables comme les délégations spéciales.

Un tel scénario consacrerait le rapt des votes des citoyens, non plus par la seule mouvance présentielle, mais par l’ensemble des politiques. La solution la plus simple pourrait pourtant être l’organisation d’élections partielles dans ces circonscriptions, avec les mêmes listes de candidats. Ceci aurait le double mérite de régler le contentieux post-électoral en cours, et d’éviter d’avoir à installer les maires en deux temps, donc deux dates pour les élections communales futures.

Le troisième péril qui guette est la retouche du fichier électoral. Toute nouvelle opération d’audit dudit fichier imposera de nouveaux délais qui provoqueront automatiquement un glissement du calendrier des législatives à venir. Les estimations les plus optimistes les renverraient à six mois après l’échéance du mandant de nos députés. Une probabilité absolument inenvisageable ! La question du fichier devra nécessairement être renvoyée à plus tard, même si cela doit laisser les partis politiques sur leur faim ; puisque la question est fondamentale pour les consultations électorales à venir.

On le voit clairement, le dialogue est nécessaire en démocratie. Mais il faut éviter d’installer la Guinée dans le cycle des accords répétitifs, au risque de la plonger durablement dans l’instabilité politique et son corollaire de violences et de contreperformances économiques.

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