dimanche, 23 août 2015 19:16

Montebourg-Varoufakis, deux révoltés de la politique européenne à « Frangy-en-Grèce »

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Un groupe de musique répète sous le chapiteau planté en plein milieu du stade communal. Les deux vedettes politiques du jour ne sont pas encore arrivées, mais les musiciens donnent de la voix sur la chanson Les Ecorchés vifs, de Noir Désir. Arnaud Montebourg et Yanis Varoufakis sont eux les deux révoltés de la politique européenne. L’ancien ministre des finances grec, nouveau héros des antilibéraux en Europe, est accueilli sous les applaudissements peu après midi à Frangy-en-Bresse, rebaptisée pour l’occasion « Frangy-en-Grèce » par son hôte.

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Invité d’honneur de la fête de la Rose, organisée chaque année par Arnaud Montebourg dans son ancien fief de Saône-et-Loire, M. Varoufakis se présente tout sourire, costume et chemise noires, aux côtés de l’ancien ministre de l’économie du gouvernement Valls. Quelques heures plus tôt, le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, l’avait accompagné jusqu’à son train gare de Lyon, à Paris, pour s’entretenir avec lui avant son départ pour la Bourgogne.

« Je suis très fier d’accueillir un ancien ministre qui s’est battu contre l’austérité en Europe. Son témoignage est fondamental pour nous Européens et pour le futur que nous espérons. C’est un message envoyé à tous les dirigeants européens », déclare M. Montebourg à propos de son « ami Yanis », à sa descente de voiture, pris dans une cohue médiatique impressionnante, plusieurs médias étrangers s’étant déplacés dans le petit village pour voir l’économiste grec.

Le millésime 2015 de Frangy n’est pas à la fête

L’an dernier, à la même époque, l’ancien patron de Bercy avait envoyé de Frangy, avec le ministre de l’éducation Benoît Hamon, « une cuvée du redressement » à François Hollande. Une provocation, couplée à un discours au vitriol contre la politique économique du chef de l’Etat, qui avait coûté aux deux hommes leur place au gouvernement. Cette année, contrairement à ses habitudes, M. Montebourg ne fait pas le fanfaron sur ses terres bressanes. A la fin du banquet républicain, il chante à peine le traditionnel ban bourguignon avec son hôte. Le nouveau vice-président d’Habitat se veut au contraire grave : « L’Europe est dans une situation critique, les stratégies d’austérité mises en place par la Commission européenne et par les Etats membres, en particulier l’Allemagne, sont un échec », explique-t-il dans une conférence de presse commune avec son invité. Pour M. Montebourg, la crise économique européenne représente un « risque pour la démocratie »« Si malgré les votes des peuples, rien ne change, la colère des citoyens se portera vers les mouvements extrémistes antieuropéens », en Grèce comme en France, avertit-il.

Le millésime 2015 de Frangy n’est pas à la fête. La pluie, qui tombe drue toute une partie de la journée, y est sans doute pour beaucoup. Les rangs militants sont aussi plus clairsemés que lors des rendez-vous précédents. Plusieurs élus socialistes du département n’ont pas fait le déplacement, refusant de participer à une réunion qui cible largement le gouvernement et l’exécutif français. Les « frondeurs » du PS ne sont pas venus non plus, sans doute embarrassés pour beaucoup de s’afficher avec M. Varoufakis, qui multiplie désormais les critiques contre le premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Parmi les proches de M. Montebourg qui sont venus l’entourer figurent le sénateur socialiste de Saône-et-Loire Jérôme Durain, la députée PS de Moselle Aurélie Filippetti, ou le député MRC Jean-Luc Laurent. « Il y a une ligne gouvernementale qui existe, celle de François Hollande et de Manuel Valls, mais il n’est pas interdit de réfléchir à d’autres idées alternatives, c’est le rôle de Frangy, qui a toujours été un lieu de débats », explique M. Durain. Cécile Untermaier, la députée PS du cru, doit faire face à une situation délicate, devant à la fois marcher avec M. Montebourg, sans pour autant critiquer trop violemment le gouvernement. « François Hollande a eu raison de tenir bon » dans la négociation européenne, tente-t-elle d’expliquer à la tribune, provoquant les huées de la foule…

Non loin du stand où sont mis en vente les derniers ouvrages de MM. Montebourg et Varoufakis, un groupe de militants de la Convention pour la VIe République débat de la situation européenne. Le ton général est largement antiallemand. « La politique de Schäuble est inadmissible, d’ailleurs sa mère s’appelait Göring, ça en dit long », s’emporte une femme contre le ministre des finances du gouvernement d’Angela Merkel, avant de proposer que « l’Allemagne sorte de l’Europe »« Il ne faut pas tout mélanger, notre problème ce n’est pas l’Allemagne, mais la droite allemande. Il y a Die Linke et une partie du SPD qui sont très fréquentables », tente de lui répondre son voisin plus mesuré.

Les deux hommes plaident pour « un nouveau chemin »

Montant à la tribune après le déjeuner, les deux non-alignés Montebourg et Varoufakis livrent bille en tête un réquisitoire contre l’austérité en Europe et contre « l’obsession allemande » de la dette. Le Français dénonce dans son discours « l’austérité light à la française », estimant que les Français ont « voté pour la gauche et se retrouvent avec le programme de la droite au pouvoir ». Le Grec regrette, lui aussi, « l’impuissance » et « les silences » de la France lors des négociations au sein de l’Eurogroupe ces derniers mois. Ses mots sont durs contre le pouvoir français : « Cela me rappelle ce que m’a dit un jour à Paris Michel Sapin : La France n’est plus ce qu’elle était », raconte-t-il à propos du ministre des finances du gouvernement Valls.

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L’un comme l’autre fustigent l’absence, selon eux, de démocratie dans le fonctionnement des institutions européennes. M. Montebourg compare à « un coup de force » l’accord que M. Tsipras a été contraint de signer en juillet malgré le refus du peuple grec lors du référendum du 5 juillet. « Je suis là parce que notre printemps d’Athènes a été écrasé tout comme le printemps de Prague. Ce n’était pas par des chars, mais par des banques », ajoute M. Varoufakis.

Les deux hommes plaident pour « un nouveau chemin » dans la construction européenne, qui permette « un contrôle démocratique sur l’oligarchie qui nous dirige », explique M. Montebourg. Reprenant la proposition de M. Hollande d’un « Parlement de la zone euro », son ancien ministre demande que celui-ci puisse contrôler la Banque centrale européenne comme la présidence de l’Eurogroupe.

Mais le réseau des « progressistes européens » qu’appelle de ses vœux M. Varoufakis n’est guère plus détaillé. Trop tôt, explique le duo. « Avant de prendre des décisions d’organisation, avant de résoudre un problème, il faut d’abord l’identifier et le montrer aux consciences des citoyens européens », évacue M. Montebourg.

« Montebourg président ! », scandent quelques militants au passage du candidat à la primaire socialiste de 2011. Mais celui-ci, qui affirme que son discours de Frangy ne doit « pas être interprété sur un plan politicien », se garde bien de rebondir. La cuvée de 2015 n’est pas la première étape d’une candidature en 2017, assure M. Montebourg.

Même s’il reste une figure populaire à gauche, l’ex-ministre n’apparaît pas comme un recours pour une majorité de Français : selon un sondage Ipsos publié samedi, 69 % d’entre eux n’accordent guère d’importance à son éventuel retour au premier plan politique. « Je suis retourné à la vie civile, mais ça ne m’empêche pas de m’exprimer », explique l’intéressé, avant de préciser que s’il est « toujours membre » du Parti socialiste, il rêvait que « ce parti soit différent ».


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Lu 87 fois Dernière modification le jeudi, 03 septembre 2015 00:58

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